C'est par le plus grand des hasards que j'ai découvert Teri Terry. Son livre ayant été présenté dans le groupe littéraire dont je fais partie, c'est d'abord cette bizarrerie nominale qui m'attira vers "Effacée". Le résumé est plaisant mais ne semble toutefois pas trop se détacher des succès littéraires adolescents de ce début de décennie : une amérique post-apocalyptique régie par les Lorders, gardiens de l'ordre aussi peu flexibles que cruels, où les criminels de moins de 16 ans sont capturés et "effacés". Autrement dit, leur mémoire est entièrement remise à zéro afin qu'ils entament une nouvelle vie en accord avec l'ordre social. Mais jusqu'où peut-on faire confiance au gouvernement ? Où s'arrête la liberté individuelle ? Quelle noirceur trouvera-t-on dans les arcanes de ce monde sans pitié ?

Slated front cover

Le parallèle avec le fameur Hunger Games de Collins est rapidement tiré : monde apocalyptique check, jeune héroïne "différente" check, beau jeune homme assez peu dégourdi check,... J'ai failli ne pas ouvrir le livre. Et j'aurai eu grandement tord puisque j'en suis maintenant à la dévoration du troisième tome! Au-delà des apparences un peu facile, ce livre dissimule une véritable réflexion et une dimension métaphorique incontestable. En effet, peu de romans peuvent se vanter d'avoir autant de retournements de situation que celui-là. Mais laissez-moi vous donner un bref résumé :

Kyla, jeune fille de 17 ans, vient d'être "effacée". Pourquoi lui a-t-on ôté ses souvenirs ? Qui était-elle avant ? Elle n'en sait rien. Elle tente tant bien que mal de s'intégrer dans une nouvelle vie, d'être normale là où chacun la traite comme différente. Et, contrairement au processus habituel, la jeune femme a des réminescence de son passé. Des souvenirs noirs, codés, divergents qui l'amènent à chercher la vérité à tout prix. Outrepassant de nombreux périls, elle découvre que sa personnalité a été scindée en deux parties qui s'entremêlent impitoyablement et la laisse seule face à sa quête d'identité.

Ce livre réussit le pari difficile de tenir en haleine son lecteur du début jusqu’à la fin. Une histoire éprouvante, parfois drôle, parfois angoissante, avec un tantôt rythme lent tantôt haletant. Au fur et à mesure du roman, l’auteur dresse le portrait d’une jeune fille étrangère à elle-même dont le passé refait surface à travers des cauchemars et des confessions de proches aux intentions obscures. Chaque page apporte une nouvelle révélation, et je vous assure qu’une fois le livre ouvert, vous ne pourrez plus vous arrêter !
Non seulement la société autoritaire décrite par l’auteur est glaçante de réalisme, mais ce qui nous attache à l’histoire, ce sont les personnages tout en nuances créés par l’auteur. De la rebelle Kyla Davis à un mystérieux professeur qui semble connaître tous les détails de la vie de notre héroïne, en passant par l’étrange Dr Lysander, le livre ne nous dit pas tout. Et pour cause : ce n’est que le début d’une saga qui comprendra plusieurs tomes.

C’est d’ailleurs la seule ombre au tableau : le suspens de la fin est intenable !